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Scrutin du 22 novembre : Moka, un district aux mille visages

Scrutin du 22 novembre : Moka, un district aux mille visages


Une vue pittoresque avec sa chaîne de montagnes composée du Pouce et du Pieter Both. Des villages bordés de champs de canne et de rivières, un climat doux, des morcellements résidentiels qui foisonnent et des routes vous permettant de rallier les quatre coins de l’île. Moka est un district aux mille visages car il offre aussi l’image d’une île Maurice moderne avec ses complexes commerciaux, notamment Bagatelle. S’étendant sur une superficie de 230, 5 km2, le cinquième plus grand district du pays vit à l’heure des élections villageoises. Bienvenue au Cœur de l’île.
Reportage réalisé par Laurie Rivolo, Stéphanie Momplé, Preity Ramessur-Bhoyroo,  et Jane Chamroo /  Infographies : Salim Gunga

C’est un véritable menu-carte qu’offre Moka pour les visiteurs. Demandez le programme et vous serez servi. Vous découvrirez des paysages à vous couper le souffle. Il ne manque qu’une plage pour boucler la boucle. Si St-Pierre, Moka, Réduit et Montagne-Ory font figure de régions mi-rurales mi-urbaines, des villages comme Ripailles, La Laura-Malenga, Nouvelle-Découverte et Camp-Thorel incarnent l’île Maurice profonde. Un contraste singulier. Mais qui trouve tout son sens par sa position géographique. Moka est, en effet, bordé de plusieurs districts (Port-Louis, Plaines-Wilhems, Flacq, entre autres). C’est dans ce décor que se disputeront les élections villageoises du 22 novembre.

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Même s’il ne s’agit-là que d’un scrutin régional et que les partis politiques traditionnels, notamment les grosses cylindrées, n’y participent pas, les yeux seront braqués sur le district de Moka car le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a fait de la circonscription no 8 (Moka/Quartier-Militaire) son fief depuis plus de dix ans maintenant. Le chef du gouvernement portera à coup sûr un œil attentif sur ces élections villageoises car il voudra savoir quelles sont les équipes qui dirigeront les 16 villages qui constituent le district.  

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Longtemps associé à Flacq, Moka a son propre Conseil de district depuis quelques années. Situé à Quartier-Militaire, il est composé d’un président et d’un représentant de chacun des 16 villages du district. Sudhirchandra Soonarane, le président sortant, brigue une nouvelle fois les suffrages. Si le district compte environ 81 009 habitants, le nombre d’électeurs s’élève à 55 792.   

Fort de ses 12 028 électeurs, St-Pierre reste le principal village. Il est aussi le poumon économique du district avec ses centres commerciaux et magasins. Dans les années ʼ80 et ʼ90, on assistait à une éclosion d’usines de textile à St-Pierre. Des compagnies de renom ayant grandement contribué à l’économie mauricienne, comme la CMT et Tropic Knits, y étaient implantées avant qu’elles ne délocalisent leurs activités. La zone franche était alors un gros pourvoyeur d’emplois dans la région et les localités environnantes.  

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Pendant la période pré et postindépendance, la vie économique de la région tournait autour de la canne à sucre. Nombreux étaient les habitants des différents villages, qui travaillaient dans les établissements sucriers. Mon-Désert Alma était alors au four et au moulin. Mais le bon vieux moulin n’a pu résister au vent du changement, notamment la réforme structurelle de l’industrie sucrière. Même si son édifice est encore en place à St-Pierre avec sa cheminée, nous rappelant le bon vieux temps, le moulin ne broie plus de cannes depuis plusieurs années.  

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Comme le temps ont bien changé. Aujourd’hui, la jeune génération semble plus porter vers d’autres secteurs comme les finances, le TIC (Technologies de l’information et de la communication) et l’hôtellerie (même si cette industrie est aujourd’hui à la traîne à cause de la Covid-19). D’autres sont employés dans la fonction publique. Les chiffres de Statistics Mauritius de 2018 démontrent que 23,267 habitants de Moka sont employés dans le secteur privé. Selon le Central Business Register de 2019, il y a 6 800 commerces dans le district de Moka.  

demographie

Les autres principaux villages sont : Montagne-Blanche (6 938 électeurs) ; Moka (6 710 électeurs) ; Dagotière (5 621 électeurs) et Quartier-Militaire (4 650 électeurs). Avec 833 électeurs, Ripailles est le plus petit village.  

Jadis un district à vocation agricole, Moka a connu au fil des années d’importants développements fonciers avec le morcellement de plusieurs zones résidentielles comme c’est le cas à Côte-d’Or et Helvetia où les parcelles de terre trouvent preneurs à des prix d’or. 1 410 hectares sont toujours sous culture agricole faisant de ce district la 4e plus grande surface sous culture de l’île.    

infographie

Si Moka est devenu l’une des régions les plus prisées de Maurice, c’est à cause de son climat jugé agréable par plus d’un, de son accessibilité avec les principales villes du pays, ses centres commerciaux, ses lieux historiques et institutions éducatives de renom.  

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Les nombreux édifices religieux, toute confession confondue, qu’on trouve à Moka illustrent bien ce «melting pot». Le Cœur de l’île ressemble à bien des égards à une île Maurice en miniature. 

Moka, là où tout est possible

De l’élection du candidat indépendant Robert Rey au fief du PM

La jeune génération aura du mal à le croire. Le candidat indépendant Marie Joseph Jacques Robert Rey a été élu à Moka aux élections générales de 1959 et 1963. À l’époque, le pays comptait 40 circonscriptions. Aux législatives de 1959, Rey est élu en tête de lice (2423 voix) en devançant le candidat Sahadeo Salabee (2041 voix). Quatre ans plus tard, il récidivera en se faisant élire avec 2 797 voix. Il devance Leckrajmanee Gungah (2573 voix). Dans les deux cas, c’est seul celui qui termine en tête qui est élu.

Moka et Quartier-Militaire deviendront par la suite la circonscription no 8. Fait marquant : le Parti travailliste (Ptr), le Mouvement Militant Mauricien (MMM) et le Mouvement Socialiste Militant (MSM) ont tous élu des candidats dans cette circonscription. Aux législatives de 1967 menant à l’indépendance du pays, le trio Veerasamy Ringadoo, Mahess Teeluck et Yousouf Mohamed sont élus. Aux élections de 1976, le MMM fait élire l’un de ses candidats au no 8, en la personne de Krishnalall Coonjan. Les mauves sont toutefois battus 2-1 dans cette circonscription. L’alliance bleu-blanc-rouge (PMSD-MSM-PTr) remportera les trois sièges aux législatives de 1983 et 1987.

Quatre ans plus tard, Ashock Kumar Jugnauth du MSM, alors en alliance avec le MMM, se fait connaître en se faisant élire pour la première fois. Hormis, les législatives de 1995, il sera élu aux législatives de 2000 et 2005 jusqu’à ce que son élection soit cassée pour corruption électorale suivant un jugement  du Judicial Committee du Privy Council. Ce qui donnera lieu à une élection partielle en mars 2019. Il croisera le fer avec son neveu, Pravind Jugnauth, lequel avait mordu la poussière quatre ans plus tôt à Rose-Belle/Vieux-Grand-Port. Le leader du MSM l’emportera sur son oncle. Et depuis, Pravind Jugnauth n’a connu que des victoires au no 8 faisant de cette circonscription sa citadelle accédant au passage au poste de Premier ministre. 

Depuis les législatives de 2014, le no 8 a trois ministres (Pravind Jugnauth, Leela Devi Dookun-Luchoomun et Yogida Sawmynaden) sauf entre juin 2015 et 2016 lorsque le leader du MSM avait dû démissionner de son poste de ministre des TIC suivant le jugement dans l’affaire MedPoint.  

L’œil de l’historien, Jocelyn Chan Low

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Comment décrivez-vous Moka ? 

Le district de Moka est particulier. Si l’on considère le recensement de 1846, nous pouvons noter le district de Moka était celui où il y a avait le plus grand nombre d’ex-esclaves. Les élites coloniales habitaient alors à Port-Louis. Moka était un district à vocation agricole. Ses habitants cultivaient majoritairement des légumes et allaient les vendre à Port-Louis.

Puis l’industrie sucrière s’est implantée dans la région. Il y a eu alors un changement démographiquement dans la région. Le district qui abritait essentiellement des ex-affranchis a alors changé de paysage avec l’industrie sucrière. 

Un candidat indépendant, Robert Rey s’est fait élire dans la circonscription de Moka aux législatives de 1959 et 
1963. Comment cela, selon vous, a pu se produire ?

Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, il y avait 40 circonscriptions. Le numéro 8 (Moka/ Quartier-Militaire) n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Les circonscriptions étaient plus petites. Robert Rey était un travailleur social à l’époque et il était très connu. Il avait une très bonne base dans la région. 

Aux dernières élections villageoises en 2012, le taux de participation était de 50, 54 %. Il semblerait que des villageois ne portent pas un grand intérêt à ce scrutin. Qu’est-ce qui explique cette situation ?
Pour le scrutin régional, le taux de participation est beaucoup plus faible que pour les élections générales. Même 
phénomène pour les municipales. Ce qui pourrait expliquer cet état de choses, c’est que les District Councils n’ont pas vraiment de pouvoir. 

Quels sont les pouvoirs du Président d’un Village Council ?

Il ne peut changer grand-chose dans la vie d’une personne. Il ne faut également pas oublier que les élections du Village Council et du District Council se font en deux tours. De plus, dans les villages la vie dans la communauté est assez solidaire. Il peut aussi y avoir des amis parmi les différents candidats, ce qui complique les choses. Les gens vivent ensemble dans les villages, pas dans l’anonymat comme dans les grandes villes.

L’œil de l’observateur politique Dharam Gokhool 

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Il connaît bien les régions rurales pour avoir été candidat au no 7 (Piton/Rivière-du-Rempart) aux législatives en 1983 et au no 9 (Flacq/Bon-Accueil) aux élections de 2005. Il a été ancien ministre de l’Éducation. Nous lui avons posé la question suivante : bien que les partis politiques ne participent pas à ce scrutin, ces élections peuvent-elles servir de baromètre pour jauger la force du gouvernement ou celle de l’opposition ? Sa réponse : « Je ne suis pense pas tous les partis politiques participent aux élections villageoises. Mais, je suis au courant qu’ils y participent de manière directe ou indirecte. Je pense, surtout, à un parti qui aligne des équipes. Ce parti est plus intéressé à jauger sa force ainsi que la tendance qui règne dans les villages. Raison pour laquelle ce parti est en train de soutenir plusieurs équipes à travers ces regroupements.» 

L’œil d’un ex-Acting Chief Executive d’un Conseil de district 

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Les collectivités locales n’ont pas de secret pour lui. Radhamohun Beeharry, ex-Acting Chief Executive du district de Pamplemousses de 2012-2015, donne son avis sur le prochain scrutin du 22 novembre. Quel regard cet habitant de Goodlands, âgé de 67 ans, porte-t-il sur les élections villageoises du 22 novembre ?

« Les élections villageoises sont aussi importantes que les législatives, parce que ça fait partie de la démocratie », explique-t-il.

Cependant, Radhamohun Beeharry dit regretter que la Constitution de Maurice ne fait aucune mention des élections des collectivités locales (villageoises et municipales). Il soutient que ces deux élections doivent être tenues dans laps de temps « très régulier » comme mentionné dans la loi. La Local Act de 2011, affirme Radhamohun Beeharry, fait mention que les municipales et villageoises doivent se tenir chaque six ans. Or, ce n’est pas le cas. Les villageoises interviennent après huit ans après les élections villageoises de 2012, rappelle-t-il.
Aux dernières élections villageoises en 2012, le taux de participation était de 50, 54 %. À deux semaines du scrutin, la fièvre électorale semble n’avoir pas gagné plusieurs villages à l’instar de Ripailles, Camp-Thorel, St-Julien d’Hotman et Quartier-Militaire qui étaient désertiques le dimanche 8 novembre. Il semblerait que des villageois ne portent pas un grand intérêt à ce scrutin. Qu’est-ce qui explique cette situation ?

Radhamohun Beeharry précise que les enjeux et les ‘gains’ des élections villageoises ne sont pas les mêmes que ceux des élections législatives. Il explique que « quand on parle des enjeux, il y a aussi les ‘mises’. S’il y a une course, vous misez quelque chose et vous vous attendez à recevoir quelque chose.  On mise gros, on attend à recevoir gros parce qu’on peut attendre à recevoir un job pour soit même ou un job pour un membre de la famille », explique Radhamohun Beeharry. « Pour les villageoises, il n’y a pas ces enjeux », note-t-il.

Bien que les gros partis politiques ne participent pas à ce scrutin, ces élections peuvent-elles servir de baromètre pour jauger la force du gouvernement ou celle de l’opposition ? « Non pas nécessairement », répond Radhamohun Beeharry. « Quand on parle de groupement politique, par exemple, si nous prenons le village où j’habite, il y a neuf  groupes qui participent à ces élections, il y a au moins quatre groupes ayant une tendance pro-gouvernementale. D’ailleurs, leurs brochures et couleurs d’affiches, entre autres, arborent les couleurs d’un parti politique très connu.  

Mais après les villageoises, ils exprimeront leur intérêt au niveau des conseillers de districts et ensuite au niveau des présidents des conseils de village et plus particulièrement au niveau de l’élection du président du conseil de district, ajoute-t-il. 

À quel point les conseils de district sont-ils vraiment autonomes dans leur prise de décision sans en dépendre du gouvernement central ? Radhamohun Beeharry affirme qu’ils ne sont pas « autonomes » à 100 % au niveau des élections mêmes. Selon lui, l’élection du président des Conseils des districts est déterminée par la politique. « Au départ même, il n’y a pas d’autonomie », observe-t-il. Et aussi les conseils de district dépendent du gouvernement central pour plus de 75 % du budget.

Lieux historiques

Le district de Moka regorge de pépites comme la Maison Créole, Eureka. Bien qu’il soit connu pour abriter le Subramaniam Bharati Eye Hospital, son histoire est également associée aux lieux historiques. 

La maison qui avait accueilli Gandhi

Comment parler du village de Moka sans évoquer la visite de Mohandas Karamchand Gandhi, celui qui deviendra le Mahatma ? Le village avait accueilli l’apôtre de la non-violence, le 30 octobre 1901. La maison où il a séjourné est située Avenue Samy (autrefois connu comme Camp-Samy), à proximité de l’hôpital ophtalmologique. Samy Varadarajaloo, un notable de la région, avait accueilli Mohandas Karamchand Gandhi, le futur Mahatma, sur son domaine en novembre 1901.

Nous avons rencontré RadhaChoytun, l’une des occupantes de la maison datant de plus de cent ans, Radha Choytun a préféré en préserver le cachet d’antan. Elle a une valeur sentimentale, confie-t-elle.

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Malgré plusieurs retouches, la bâtisse est aujourd’hui délabrée et pose des risques pour la famille surtout lors de fortes averses.

Radha Choytun relate que les anciens propriétaires étaient proches du Mahatma Gandhi, raison pour laquelle il avait passé une nuit dans la demeure. Celle qui n’a pas eu la chance de rencontrer l’apôtre de la non-violence confie qu’elle s’est faite une image de lui à travers le souvenir des anciens propriétaires ainsi que ceux de ses parents.

D’ailleurs, Radha Choytun raconte avec beaucoup d’émotion qu’elle a gardé un livre retraçant l’histoire de Gandhi, Elle l’a précieusement conservé. Il y a aussi le lit où avait dormi Gandhi.

Château Val Ory : l’exil du Shah d’Iran

Des portes closes. Nous ne pouvons aller plus loin que la porte d’entrée. Un château mystérieux niché au bout de Route Bois Chéri. Pas de panneau d’indication, à l’exception de l’inscription « Val Ory » sur des murs en pierres à l’entrée de la ruelle…Des mots marqués par l’usure du temps.

Au fil des années la nature a repris ses droits. Le Château est caché derrière des arbres les uns plus majestueux que les autres. Derrière cette verdure se cache l’histoire du Shah d’Iran.

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N’appartenant pas au gouvernement mauricien, ce patrimoine reste dans les bonnes mains du gouvernement iranien.

Tombé en ruines, le château Val Ory est l’ancienne demeure de Reza Shah Pahlavi. Ce dernier a vu le jour le 16 mars 1878. Il est devenu ministre de la Guerre après le coup d’État de février 1921 qui avait coûté le pouvoir à Seyyed Ziaeddine Tabatabaï. En décembre 1925, il se proclame Shah. Il a été forcé à abandonner son pouvoir royal. Accompagné par ses proches et ses serviteurs, il espère se rendre à Bombay. Malheureusement, les Anglais l’empêchent de débarquer à Bombay. Il est envoyé à Maurice, alors colonie anglaise.
 
Euréka – La Maison Créole

Grande demeure et l’une des plus emblématiques attractions du village de Moka, Euréka a été construite en 1836. Cette élégante résidence, modèle de style d’habitation créole, appartenait à l’origine à des aristocrates britanniques et français, dont les Le Clézio, au 19ème siècle. Euréka est entourée des cascades de la rivière de Moka d’une part, et d’autre part de l’écrin de montagnes qui sépare le district de Moka de celui de Port-Louis.
C’est l’une des plus grandes demeures de l’île Maurice, avec 109 portes et fenêtres, comme nous le dit le directeur d’Euréka – La Maison Créole, Jacques de Maroussem.

Rebaptisée ainsi, elle a été ouverte au public pour des visites en tant que musée et restaurant depuis 1986. Elle a accueilli dans le passé plusieurs hôtes de marque, notamment le prince Andrew et Sarah Ferguson, le duc et la duchesse d’ York en 1987.

La maison Euréka respire l’ère coloniale, avec sa grande cour et ses structures en bois.  À l’intérieur, un miroir dans presque chaque pièce. Des meubles en bois vernis confèrent cachet et naturel. 

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Plusieurs films ont été tournés dans cette maison et le clip du très célèbre chanteur pakistanais Atif Aslam y a été partiellement réalisé. Quelques séquences du film « Prisoners of paradise » ont aussi pour cadre la demeure.
Euréka, c’est également une trentaine d’employés qui assurent les services allant de la maintenance, la restauration au jardinage et à l’administration. 

Depuis les bouleversements provoqués par la Covid-19, les activités de la maison ont été réduites car le marché principal est touristique. Pour l’instant, elle est ouverte du lundi au vendredi de 9 heures à 17 heures et uniquement sur réservation les samedis jusqu’à un retour à la normale.

Moka et ses notables…

 

Saïd Toorbuth, avocat

« Mo fine né à St-Pierre, monn grandi à St-Pierre, toute ma jeunesse ine passe à St-Pierre, mo pe vieilli à St-Pierre et si Dieu le veut mo pou mort à St-Pierre !» Cette phrase témoigne de l’affection et de la passion que porte l’avocat Saïd Toorbuth pour sa région. Il est de la troisième génération qui y réside toujours, nous confie cet aîné d’une fratrie de douze enfants. « Mo encore rappel premier lakaz ki nou ti été, c’était ene lakaz en pailles…mo mama ti pe massone le planché ».

Des souvenirs de ce village niché au pied de la montagne du Pouce, l’ancien fonctionnaire devenue avocat en a pleins la tête.  « Mo rappel nou ti p zwe lor la rue, dans la boue pié nu avec bane kamarade, c’est dans la rivier ki mone aprane nager, mo mama ti p lave linze », ajoute-t-il.

En grandissant, c’est le centre social de St-Pierre, le lieu de rencontre par excellence à l’époque pour les jeunes, explique-t-il.  « J’appartenais à un club, Le St-Pierre Circle, je participais à plusieurs activités. Vishnu Lutchmeenaraidoo était aussi membre du club ».  Il se remémore du temps où il y avait des débats et la salle était pleine à craquer.

Il nous dit n’avoir jamais eu l’impression qu’il y avait plusieurs communautés, tellement, tout le monde était uni.

Tout au long de son parcours, il sera sponsorisé par le Moka/Flacq Youth Federation pour un diplôme et il y obtiendra une bourse pour des études poussées. Il embarquera pour l’aventure des études en droit. « Mo ti fini maryé et mo ti ena deux enfants », raconte-t-il. 

Pour lui, le charme de St-Pierre est l’hospitalité des gens et l’entraide qui y règne.

Le souhait de Saïd Toorbuth pour St-Pierre est que les jeunes retournent aux temps d’avant : « Mo ti anvi zot sanze zot mindset…et intéresse zot plis à bane activité débat, quiz, sport su lieu de reste lor portable ».
 

Shakuntala Hawoldar, poète et écrivaine

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Poète et écrivaine qu’on se présente plus, Shakuntala Hawoldar, 76 ans, dit être une fière habitante de Beau-Bois dans le district de Moka. « Mo trouv sa Moka la ene place spéciale », nous dit-elle en nous décrivant le vent frais qui la distingue des autres régions. Elle habite Beau-Bois depuis plus de quatre décennies. Ses premiers souvenirs : la mauvaise distribution d’eau. 
 
Shakuntala Hawoldar, mère de l’avocat Siddhartha Hawoldar, se sent connectée avec son endroit à travers la nature et les gens. « Pour moi, toute la beauté du pays est concentré dans Beau-Bois », nous dit-elle avec un sourire.
Il ne suffit pas d’avoir de grandes choses pour inspirer Shakuntala Hawoldar pour ses poèmes et ses livres. « Mo trappe parfum ici, lerla mo met li dans ene bouteil ki appel poésie », nous confie celle qui est arrivée à Maurice en 1968.

Celle qui se décrit comme une personne très sociale nous raconte que son endroit préféré dans sa région est le temple tamoul vieux de 150 ans de Beau-Bois et le village de Crève-Cœur.  

Les bons souvenirs que l’auteur garde de sa région est le marché de St-Pierre, surtout les vêtements à prix très abordable. Elle raffole surtout du jus de canne. S’il faut décrire les gens de son village, elle choisit les vocables suivants : « simple », « droit » et « travailleurs ».  

 

Jacques de Maroussem

 

Autre figure incontournable de Moka est Jacques de Maroussem connu comme Jacky pour les intimes. Il est le directeur de la maison créole, Eureka, la maison musée-restaurant des « Le Clézio ». 

« Vivre à Moka, c’est ene grand privilège », nous confie d’emblée Jacques de Maroussem. Il nous accueille dans la mythique maison Eureka pour un brun de causette.

Jacques de Maroussem, bientôt 66 ans, exulte une bonne humeur contagieuse. Il ne manque pas de placer des blagues tout au long de l’entretien. Il nous raconte le temps d’une demi-heure l’historique de la maison créole Eureka. Il voulait à tout prix conserver cette maison. 

Jacques de Maroussem a même participé dans le tournage d’un film et a accueilli des équipes de tournage à la Maison créole qui est aussi un lieu touristique.  « Le chanteur Atif Aslam était là pour le tournage de son film », dit-il en sourire.

Il explique qu’il a une relation d’amitié et de partage entre lui et les habitants du village. « Nou ena sa bane relation formidable entre ene paké dimoune ki fine fer ene sel lepep. Eureka c’est ene lendroit kot nou partage tout !», nous explique Jacky, père de trois fils et divorcé.

 

Suttyhudeo Tengur

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Il est connu dans le monde syndical. Suttyhudeo Tengur, 65 ans, le président de la Government Hindi Teachers Union (GHTU) et de l’Association de protection de l’environnement et des consommateurs (Apec) est natif du village de Camp-Thorel. Lequel se trouve près de St-Julien. 

Suttyhudeo Tengur nous parle de son village agricole et du changement vers le professionnalisme. « C’était un endroit agricole mais petit à petit avec la modernisation et le développement, les gens se sont plus tournés vers le professionnalisme.»

Plusieurs habitants de l’endroit travaillent dans la fonction publique. Plus jeune, Suttyhudeo passait son temps dans les activités du village. Il nous raconte que les clubs de jeunesse du village de Camp-Thorel étaient le lieu de rassemblement pour beaucoup. Il nous avoue que les activités du club Unesco l’ont d’ailleurs formé pour pouvoir débattre et être syndicaliste aujourd’hui. 

« Depuis toujours je me suis adonné au social ; je suis fier de pouvoir encore servir mon village », dit-il.Même s’il habite maintenant à Curepipe, le syndicaliste nous avoue que son cœur appartient toujours à Camp-Thorel, où il a vécu les meilleures aventures de son enfance dans les rivières et les forets qui environnaient la place.
 
 

Folklore : « Minn bwi gro pwa » pour régaler les papilles

 

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Le district de Moka n’est pas uniquement reputé pour ses infrastructures. Mais également ses bons petits plats. On parle ici, du fameux  « minn bwi gro pwa » de chez Algoo Snack, à Saint-Pierre. Le propriétaire, Chandralall Algoo, plus connu comme Prem, raconte qu’il en prépare depuis 1976.

Aujourd’hui, Algoo Snack est situé non loin de la succursale de la State Bank of Mauritius. À l’heure du déjeuner, les clients abondent. Au comptoir, Chandralall Algoo prend les commandes. Ici son « « Minn bwi » si recherché peut être accompagné de poulet, d’œuf, de viande, entre autres. Il y a aussi des « Minn fritt » et le « ri frit », et ce, aux différentes saveurs.
Aux fourneaux, son épouse et le reste de son équipe s’activent à préparer les menus et sortir les plats. Le service est rapide et les mets sont délicieux. 

D’où lui est venue cette idée ?

« Depuis mon enfance, j’ai toujours aimé déguster des nouilles. Un beau jour, j’étais chez moi. Il y avait du curry de gros pois. Je me suis alors dit pourquoi ne pas mélanger ce curry à mes nouilles. Ce fut un enchantement. Je me suis dit que le grand public apprécierait. C’est d’ailleurs cette recette qui m’a poussé à ouvrir mon snack. J’ai constaté que cette nouvelle recette attire plus d’un. Depuis, je n’ai eu de cesse d’improviser », raconte Prem Algoo. 
« Mes clients viennent des quatre coins de l’île : Grand-Baie, Mahébourg… Je suis plus fier que jamais », ajoute le propriétaire. Après avoir goûté au succès dans son petit commerce, Prem Algoo possède aujourd’hui deux autres restos, un à Bel-Air et l’autre dans le centre de Saint-Pierre.
« Je suis satisfait de mon parcours. J’ai deux fils. Ils m’ont confié qu’ils prendront un jour la relève », souligne le sexagénaire, tout en souriant. 
Bien que le fameux « minn bwi gro pwa» demeure un plat tout simple à préparer, aujourd’hui encore la recette de Prem est ancrée dans la culture culinaire du village de Saint-Pierre.

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